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Le blog de l'évêque
 
 
Une Église en état de sortie,
manifestant l’amour de Dieu pour tout homme
 


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Une Église en état de sortie,

manifestant l’amour de Dieu pour tout homme

« Quand ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : “Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ?” Il lui répond : “Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime.” » Jésus lui dit : “ Sois le berger de mes agneaux. ” » Jn 21, 15

Conduire ses brebis en estive, sur de verts pâturages, cela signifie les inviter à sortir de l’enclos confortable et sécurisant pour s’ouvrir sur le vaste monde. Le berger sait fort bien - et les brebis avec lui - que la montagne présente des dangers (l’égarement ; la chute ; les prédateurs ; etc.). Mais l’altitude est aussi le lieu de l’herbe grasse, des splendides paysages, des cieux étoilés, et de belles rencontres avec les chercheurs d’absolu.

« Je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités »,  nous dit le Pape François (La joie de l’Évangile - n° 49). Il nous invite à vivre une transformation missionnaire, à être « une Église en état de sortie ». Ce dynamisme de la mission, de la sortie de soi, est celui même de la Vie Trinitaire, dans l’œuvre de création et dans celle du salut en Jésus-Christ. La mission, c’est la raison d’être de l’Église du Christ. Si elle perd cela de vue, en se repliant sur elle-même, en étant auto-référencée, elle n’est plus l’Église du Verbe Incarné, l’Église de Dieu, mais une institution humaine parmi d’autres.

Il nous faut demander la grâce (au-delà des dons ou des limites de notre nature, de notre caractère, de nos timidités ou de nos audaces), d’être des hommes et des femmes que Jésus tourne vers l’extérieur. A la messe (notre bergerie) nous sommes rassemblés, enseignés, guéris, nourris, fortifiés pour être envoyés, non pas pour rester entre nous ! La dimension ultime de l’Eucharistie - l’envoi - a beaucoup plus d’importance qu’on ne l’imagine parfois. Comme le berger et ses moutons, nous avons besoin d’une bergerie, mais elle n’est pas une fin en soi.

Employant une autre image, celle du bateau, Madeleine Delbrêl ne dit pas autre chose lorsqu’elle moque la tentation du marin-explorateur (que nous sommes) de ne pas quitter son navire : « Le Bateau Église… Les voiles bombent sous des tempêtes de grâces, le bateau accoste des terres sans croix : assis en rond au fond de la cale, nous discutons de ce qui se passe sur les deux mètres carrés qui sont nôtres… »

Mais alors cet appel à la mission signifie-t-il que nous sortons à la rencontre des autres dans le but, plus ou moins avoué ou avouable, d’en faire des adeptes de notre « voie », des disciples de Jésus ? Est-ce cela que nous devons comprendre de l’épilogue de l’Évangile de Matthieu, « Allez, de toutes les nations, faites des disciples : baptisez-les, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit… » (Mt 28,19) ?

Les baptiser, cela veut dire les immerger, les plonger, dans l’amour de Dieu. Nous sommes chargés d’aimer tous les hommes de l’amour même de Dieu, de l’amour trinitaire. L’Église, disait le Cardinal Journet, c’est « l’épanchement de la vie trinitaire au sein du temps ». Notre mission n’est pas de convertir ceux que nous côtoyons, cela c’est l’affaire de Dieu. Notre mission c’est de les aimer comme Dieu (donc avec Lui et en son Nom), d’un amour inconditionnel.

Renonçant au prosélytisme, la démarche qui nous conduit à la rencontre d’autrui, doit être empreinte de la gratuité de l’amour. Nous ne souhaitons pas gagner l’autre à nous-même, mais l’aimer, simplement, sans rien attendre en retour. Le dialogue engagé, à la fois respectueux et vrai, nous conduira aussi à donner joyeusement le témoignage de ce qui est notre source profonde : la foi en Jésus-Christ. Mais nous nous retrouverons volontiers dans cette recommandation de saint François de Sales : « Ne parle de Jésus que si on te le demande, mais vis de telle sorte qu’on te le demande. » Une société pluriculturelle et pluri-religieuse, comme la nôtre, ne peut pas vivre dans la paix, sans que chacun choisisse de renoncer à tout prosélytisme religieux ou idéologique. Chrétiens, pour notre part, nous aurons besoin de nous doter d’une vraie éthique du dialogue, que l’on pourrait qualifier de «chaste». Amis ariégeois  -devrions-nous pouvoir dire- nous ne venons pas vous rencontrer, avec l’intention cachée de vous voir rejoindre notre Église ! 

Sans doute est-il important que nous entendions cet appel du Pape François : « La pastorale en terme missionnaire exige d’abandonner le confortable critère pastoral du “on a toujours fait ainsi”. J’invite chacun à être audacieux et créatif dans ce devoir de repenser les objectifs, les structures, le style et les méthodes évangélisatrices de leurs propres communautés. » (La Joie de l’Évangile n°33)

Si nous laissions l’Esprit (artisan de notre démarche synodale) nous indiquer de nouveaux chemins ?

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Quelques questions pour un partage :

-        Quelle part de mon temps, de mes forces, le Seigneur me conduit-il à dédier à la rencontre et au dialogue, avec ceux et celles qui ne font pas partie de mes cercles habituels (famille, travail, association, communauté chrétienne) ?

-        Comment pourrions-nous mettre en valeur la dimension de l’envoi dans nos assemblées eucharistiques ?

-        Vers qui vais-je spontanément à la sortie de la messe et quels sont ceux que je risque de laisser de côté ?

-        Quelle démarche de « sortie », de rencontre, suis-je (sommes-nous) prêts à expérimenter pour changer mon style de vie (personnel et communautaire) ?

-        Nos foyers, églises, maisons paroissiales, maisons diocésaines, sont-ils assez ouverts et accueillants ? Quelles sont les craintes qui m’habitent par rapport à la rencontre ?

-        Quels  sont les moyens modernes (outils numériques, réseaux sociaux) et ceux, plus traditionnels (journaux, visites, espaces conviviaux), qui me servent à vivre la rencontre avec d’autres ?

-        Suis-je reconnu comme chrétien, sur mon lieu de travail, sur la place du marché ou au café de mon village? M’est-il déjà arrivé de parler de cette dimension de ma vie et, si oui, pourquoi ?

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+ Jean-Marc Eychenne - Évêque de Pamiers, Couserans et Mirepoix

 


De l’hospitalité faite à la vie...

« Seigneur, saisis nous par ta puissance et ta lumière

 pour protéger toute vie,

 pour préparer un avenir meilleur,

 pour que vienne ton Règne de justice et de paix,

 d’amour et de beauté. » 

               (Pape François – Laudato si)

Notre société, en manque ou en recherche de repères éthiques, s’engage parfois dans des évolutions de son droit qui mettent à mal la conception de l’homme qui dominait jusqu’alors. Celle-ci avait été chèrement acquise par des siècles de culture religieuse et philosophique. On peut parler à juste titre de choc civilisationnel.

Le respect de la dignité, de la sacralité, de toute personne humaine.

Quand le ventre de la maman s’arrondit nous pourrions dire : « il y a quelque chose qui grandit en elle. » Nous croyons qu’il convient de dire plutôt : « il y a quelqu’un qui grandit en elle. » Une personne humaine accède à la vie. Nous sommes face à une «pure Présence». Que cet événement ait été désiré ou non, que son surgissement soit le fruit de l’amour ou parfois, malheureusement, la conséquence du contraire de l’amour, il y a là une nouvelle personne humaine. La culture dont nous sommes les héritiers nous invitait jusqu’alors à tout mettre en œuvre pour être hospitalier à son égard.

« Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance ». (Genèse 1, 26)
Choisir d’interrompre une grossesse n’est jamais un acte anodin, dans cette approche de la dignité ou de la sacralité de la personne humaine. Banaliser cette pratique en allant parfois jusqu’à en faire un simple moyen de régulation des naissances constitue une évolution considérable de notre rapport à la vie et à la dignité de la personne, dans la toute première étape de son chemin d’humanité. Concevoir une sorte de « droit sur l’enfant » de la part de ses parents ou de la société, quand sa venue n’est pas désirée ou quand il n’y a pas, le concernant, de projet parental, pose tout de même un très grave problème éthique. De façon analogue la notion de « droit à l’enfant » quand on désire en accueillir un pour soi-même ou pour répondre à l’attente du couple, est porteuse de grandes ambigüités. On peut concevoir des droits sur des choses mais pas sur des personnes. La personne n’est pas un moyen me permettant de satisfaire mes attentes.
Le philosophe Kant, réfléchissant à ce qui nous met en situation de respecter la dignité humaine écrivait : « Agis de telle sorte que tu traites l'humanité comme une fin, et jamais simplement comme un moyen ».
Certes, l’appel à la Miséricorde nous conduira à accueillir des personnes qui (pour des raisons qui parfois peuvent être entendues avec compassion), ont porté atteinte à la vie. Et nous serons témoins auprès d’elles du pardon du Seigneur. Mais nous ne pouvons pas adhérer à cette culture sociétale qui nous ferait dire :  « ce n’est rien ».
Certains objectent en disant que l’on ne peut pas parler de personne humaine ou de dignité humaine alors qu’il n’y a pas encore de conscience de soi ou de conscience d’être au monde. Mais la dignité de la personne ne dépend pas de son état de conscience. Une personne très blessée dans son intelligence, ou empêchée d’avoir (en apparence) une quelconque conscience d’elle même par la maladie, le handicap, la sédation profonde, ou le non développement de ses capacités cognitives, n’en garde pas moins une pleine dignité humaine. Nous pourrions même dire que plus la personne est fragile, plus elle doit devenir l’objet de notre attention. C’est comme si sa dignité grandissait (mais ce qui est infini ne peut pas grandir…) de façon inversement proportionnelle à sa faiblesse. Christian Bobin relisant l’expérience de l’accompagnement de son père, atteint par la maladie d’Alzheimer, parlera de « Présence pure ». Nous pourrions relire ici aussi tout Jean Vanier, pour nous convaincre que l’indicateur de l’état de  la santé (humaine et spirituelle) d’une société, se trouve dans la place que l’on accorde aux personnes les plus fragiles. Or c’est souvent au début et à la fin de notre vie que nous sommes les plus fragiles. Nous somme alors, plus qu’à l’habitude, sacrement de la présence de Dieu au monde, Lui qui, dans son abaissement, s’est établi auprès du plus petit et du plus rejeté. (Ph 2, 5-11) À chaque fois que l’on n’est plus maître de son destin et que notre devenir dépend entièrement de la capacité d’accueil, du sens de l’hospitalité de nos frères, nous sommes de ces humbles derrière lesquels le Seigneur se cache.
Le maître mot, peut-être, des défis que nous avons à relever pour être accueillant à la vie, au plus faible, au plus marginalisé, est le mot « hospitalité ». C ‘est cette même vertu, fruit de la grâce du Christ, qui nous pousse à accueillir l’enfant non désiré et le réfugié jeté sur les routes avec sa famille, par la guerre ou la grande misère.
Comme il est paradoxal notre monde qui est capable de déployer des trésors d’ingéniosité pour sauver des oiseaux englués dans des résidus d’hydrocarbures ou étouffés par des plastiques et qui, dans le même temps s’habitue à voir des hommes, des femmes et des enfants, se noyer par milliers, sans s’émouvoir plus que cela. « Mondialisation de l’indifférence » disait le Pape François à Lampedusa. « Culture du déchet » répètera-t-il souvent, en se référant tantôt à l’avortement, tantôt aux autres atteintes à la dignité humaine.
Le Pape Benoît XVI dans « Caritas in Veritate » attirait notre attention (reprenant l’enseignement de Paul VI dans « Humanæ Vitæ » et du Pape Jean-Paul II dans « Evangelium Vitæ »), sur les liens très forts existants entre éthique de la vie et éthique sociale. C’est le même mouvement intérieur, fruit de l’amour du Saint Esprit présent au cœur du baptisé qui le pousse à accueillir l’enfant à venir et à ne pas laisser dans la rue le sans abri. Nous ne pouvons nier la présence, l’existence, la dignité, d’aucun de nos frères en humanité au prétexte que l’on ne le voit pas, qu’on ne le connaît pas, ou encore que l’on n’a pas de place ou de projet pour lui.
« N’oubliez pas l’hospitalité : elle a permis à certains, sans le savoir, de recevoir chez eux des anges». 
(Lettre aux Hébreux 13, 2) 


 


La vie, l’amour
et la culture auront le dernier mot !


Nous voudrions manifester aux familles et aux amis des victimes des attentats que nous sommes proches. Comment le faire ?
  • En acceptant de ne pas retenir nos larmes qui se mêleront aux leurs et qui valent plus que bien des discours. « Une larme en dit plus  que tu n’en pourrais dire. »(Alfred de Musset) Ces larmes contredisent la haine froide de ces yeux qui ne savent plus pleurer face à la souffrance et la mort. Elles nous redonnent foi en une humanité sensible à la peine de ses frères.
  • En s’émerveillant de notre Ariège inondée de soleil et de couleurs d’automne. Tout se plaisant à imaginer que ce pourrait être face à ce spectacle que Claudel aurait écrit « Ah ! Le monde est si beau qu’il faudrait poser ici quelqu’un qui soit capable de ne pas dormir. » Face à l’horreur nous continuerons à confesser la beauté du monde.
  • En souriant à ce passant que je croise dans la rue, sans le connaître. Il est crée à l’image et à la ressemblance de Dieu et cache en lui des merveilles d’intelligence et de sensibilité. Et sans doute aussi, comme moi, de profondes blessures… « Savoir sourire :qu’elle force d’apaisement, force de douceur, de calme, force de rayonnement. » disait Guy de Larigaudie. Le sourire est bien plus puissant que les armes les plus meurtrières.
  • En me réjouissant d’entendre mon frère prêtre Bruno, voisin de palier, qui semble avoir repris son violon et qui propage de l’harmonie et de la beauté. C’est peut-être comme un acte de résistance à la barbarie, comparable à celui du héros du film de Roman Polanski, Le Pianiste. Il peut s’agir de cette « beauté désintéressée » dont nous parle Urs Von Balthazar en disant qu’elle « a pris congé du monde intéressé aujourd’hui, pour l’abandonner à sa cupidité et à sa tristesse. » Il n’a jamais été aussi urgent de faire une place à l'art et la culture dans notre quotidien.



  • En retrouvant dans mon fatras de notes glanées au gré de bien des lectures quelques traits de la mystique d’Etty Hillesum (que la haine nazie conduira à Auschwitz - … 30 nov 1943) « C’est nous-mêmes qui nous dépouillons de nos meilleures forces par une mauvaise disposition d’Esprit […] En éprouvant de la haine, la vraie spoliation c’est nous-mêmes qui nous l’infligeons. Je trouve la vie belle  et je me sens libre. En moi des cieux se déploient aussi vastes que le firmament au-dessus de moi. Je crois en Dieu et je crois en l’homme. » S’engager dans le chemin de la haine serait s’avouer vaincu, se convertir à la logique de celui qui nous attente à nos vies.
  • En envoyant un courrier, une belle lettre, un mail, un post, un twitt, un pigeon voyageur, une bouteille à la mer… (tous les outils sont bons) à ses amis - et même à ceux que l’on apprécie un peu moins - pour leur dire qu’ils ont du prix à nos yeux (Is 43, 3-4) et que nous les aimons. C’est encore Etty Hillesum qui disait : « À chaque nouvelle cruauté, nous devons opposer un petit supplément d’amour et de bonté à conquérir sur nous-même. »
  • En relisant enfin la prière de Saint-François et en la faisant mienne, en l’ajustant à ma vie

« Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,
Là où est la haine, que je mette l’amour. […]
Là où est le désespoir, que je mette l’espérance.
Là où sont les ténébres, que je mette la lumière.
Là où est la tristesse, que je mette la joie. …/… »

               … Là où est la laideur, que je mette la beauté.

Que le seigneur nous fasse la grâce de sa paix et fasse de nous des instruments de tendresse et de paix.



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Ordonnés « frères »!

Qu’est ce qui est susceptible de soutenir les prêtres aujourd’hui ? Mille choses sans doute, mais, parmi elles, quelle serait la principale sans laquelle toutes les autres risquent de ne plus avoir beaucoup de sens ? Nous croyons que c’est la fraternité qui est la clef de voûte. D’abord celle qui nous lie au Christ. Elle prend sa source dans le baptême et revêt une dimension nouvelle au jour de l’ordination presbytérale qui fait de nous des pasteurs avec Le Pasteur. Celle-ci s’enracine dans ce mystère du dialogue intime et permanent avec Lui, qui nous conduira à faire son œuvre et non pas la nôtre.

Mais il s’agit aussi de fraternité avec les autres prêtres, si bien signifiée lorsqu’au jour de l’ordination les membres du presbytérium (à la suite de l’évêque) étendent les mains sur la tête de celui qui sera désormais, pour eux, un frère de prédilection. Chacun semble dire : « désormais tu es des nôtre ». La dimension fraternelle de la vie et de l’apostolat de prêtres est l’expression de la nature, de l’essence même, du ministère presbytéral. Quand elle vient à faire défaut, c’est la vie du prêtre qui est en danger et c’est son ministère qui perd sa fécondité. Et cela même si celui-ci, selon des critères « mondains », semble bien réussir.

Un apostolat sans vie fraternelle n’est pas fécond et ne construit pas (ou si peu…) le royaume. « Qui n’amasse pas avec moi disperse » (Luc 11, 23). Le « avec moi » renvoie au lien avec le Christ, mais aussi au lien avec les frères. C’est une illusion de penser que l’on peut faire le bien tout seul et -même si ce n’est pas contre les autres- sans les autres. Madeleine Delbrêl écrivait : « Tous ceux qui essaient en côtoyant leurs semblables, de faire une trouée, la feraient d’une façon plus authentiquement chrétienne et avec plus de grâce, s’ils se réunissaient à plusieurs ».


Cathédrale de Mirepoix
le 2 avril 2016

Profession perpétuelle

des petites sœurs Priscille, Blanche, Faustyna, Anne-Marie,

Maria-Ángels, Marie-Liesse, Rebecca et Margarida


Homélie
(retranscription d'un enregistrement sonore)

Permettez-moi de m’adresser prioritairement à Priscille, Blanche, Faustyna, Anne-Marie, Maria-Ángels, Marie-Liesse, Rebecca et Margarida.

C’est d’abord à vous que je m’adresse aujourd’hui, mais -bien sûr- dans cette réalité du corps mystique qu’est l’Église, quand quelque chose concerne fortement l’un ou l’une d’entre nous, nous sommes tous concernés et c’est bien ce mystère que nous célébrons ensemble aujourd’hui.

Alors, que dire ?... Il est question de joie et de bonheur, de joie et de bonheur ! Le pape François dans sa lettre apostolique à tous les consacrés, en novembre 2014, disait :  Que soit toujours vrai ce que j’ai dit un jour : « là où il y a des religieux, des religieuses, il y a la joie. » Que nous soyons appelés à expérimenter et à montrer que Dieu est capable de combler nos cœurs et de nous rendre heureux sans avoir besoin de chercher ailleurs qu’en Lui notre bonheur ; que l’authentique fraternité vécue dans nos communautés alimente notre joie, que notre don total dans le service de l’Église, des familles, des jeunes, des personnes âgées, des pauvres, nous réalise comme personnes et donne plénitude à notre vie.  C’est bien cela dont il est question : cette consécration, ce don total de vous-mêmes au Seigneur, source de bonheur et de joie et source de plénitude pour vos existences.

Alors, de quelle joie s’agit-il ? « Il a caché cela aux sages et aux savants et Il l’a révélé aux tout-petits ». Derrière ces sages et ces savants de l’Évangile, se cache la logique du monde : il ne s’agit pas d’une joie à la manière du monde. « Ne prenez pas pour modèle le monde présent » dit Paul « mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu. »

Discerner quelle est la volonté de Dieu…Il s’agit - dans la ligne du baptême pour les chrétiens, dans la ligne de cette consécration fondamentale et dans la ligne de vos consécrations - de signifier que nous sommes morts au péché, consacrés au Seigneur. Et cette consécration au Seigneur est une forme de contestation, elle qui est source de notre joie : de contestation de ce qui préside le plus souvent à la conception commune du bonheur. Nous avons besoin dans notre monde – et vous en êtes - de gens qui sont à contre-courant, qui contestent la logique dominante qui voudrait nous faire croire que le bonheur se trouve dans le pouvoir, dans l’avoir, dans la domination, dans l’exercice effréné de notre sensibilité. Vous témoignez de manière prophétique d’un autre chemin. Vous êtes invitées à réveiller le monde, à illuminer le futur. Vous êtes invitées à nous dire - à nous qui sommes dans un monde qui manifeste de mille manières qu’à travers les valeurs qu’il nous a proposées pour construire notre vie individuelle et collective, qu’il a échoué - vous êtes invitées à nous dire qu’il est possible de vivre autrement. Vous serez, et vous êtes déjà, des témoins d’une autre façon de faire, d’agir et de vivre. Oui, il est possible de vivre autrement en ce monde et vous en témoignez auprès de nous.

Le pape François disait encore : « Moi, ce que j’attends de votre part, c’est ce témoignage-là : les religieux, les religieuses, doivent être des hommes et des femmes capables de réveiller le monde, d’illuminer le futur. » D’illuminer le futur : ce cierge pascal, la lumière du Christ ressuscité qui a envahi les ténèbres de nos lieux de culte dans cette nuit de Pâques, les ténèbres de nos existences éclairées par la lumière du Christ ressuscité.

Je vous confierais bien cette simple prière d’une sainte orthodoxe, de sœur Marie Skobtsov qui est décédée le 31 mars 1945 dans le camp de Ravensbrück. Elle disait ceci : «  Je suis votre message, Seigneur. Jetez-moi comme une torche allumée dans la nuit … » C’est magnifique, cette expression : « Jetez-moi comme une torche allumée dans la nuit. » ! Vous savez, cette torche allumée, que l’on jette au fond d’un puits de ténèbres pour y voir clair. «  Jetez-moi comme une torche allumée dans la nuit, que beaucoup puissent voir et comprendre ce que veut dire être un disciple. »

Être un disciple de Jésus…Que vous soyez ces torches allumées dans la nuit, qui aident nos contemporains, qui nous aident chacun et chacune, baptisé, à mieux comprendre chaque jour, ce que cela veut dire que d’être disciple de Jésus.

Contestez cette logique dominante du monde pour nous engager dans la logique du Christ et de son Évangile, pour que nous trouvions vraiment la joie et le bonheur à travers les chemins qu’Il nous propose, chemins de lumière, d’amour et de bonté.

Alors, quelques-uns des signes que nous posons, des signes de contestation forte dans ce monde, des signes subversifs : le signe de la vie communautaire - dimension essentielle de la vie religieuse.

En quoi la vie chrétienne, consacrée, reflète-t-elle un bonheur, image du bonheur même de Dieu ? C’est sans doute qu’un des éléments les plus essentiels qui nous fait refléter la vie même de Dieu, c’est la vie commune, parce qu’en vivant dans une vie commune et fraternelle, dans un échange d’amour et de lumière, nous reflétons l’image d’un Dieu qui est communion d’amour et qui est Trinité. Les hommes sont appelés à rendre gloire à Dieu. Non pas seulement de manière individuelle : nous sommes tellement marqués par l’individualisme et par la solitude, y compris l’individualisme de nos engagements parfois en Église et de nos engagements ministériels tellement marqués par l’individualisme.

Nous reflétons l’image de Dieu quand nous sommes dans une communion fraternelle, nous reflétons l’image de Dieu Trinité. Le Concile Vatican II, dans la constitution Lumen Gentium, disait : « Ainsi l’Église universelle apparaît comme un peuple qui tire son unité de l’unité du Père et du Fils et de l’Esprit. » L’unité de nos communautés, de nos petites communautés, de nos familles, de nos églises paroissiales, l’unité d’un presbyterium, c’est l’image de la communion trinitaire. Le père Bouyer utilisait cette formule magnifique – notez la bien et apprenez-la par cœur – : « L’Église, c’est la communauté humaine de l’agape divine. » Communauté humaine de l’agape divine.

Et le Cardinal Journet disait cela autrement : « L’Église, c’est l’épanchement de la vie trinitaire au sein du temps.» Dans vos petits ermitages, quand vous êtes trois, quatre, cinq, vous êtes un épanchement de la vie trinitaire, vous imaginez ! Épanchement de la vie trinitaire…cette belle icône de la Trinité au chêne de Mambré, représentée aussi dans votre chapelle Donc il s’agit pour nous d’être immergés dans cet amour trinitaire ; en cela, nous serons - et nous sommes ! - dans ce monde, un signe de contradiction.

Un autre signe de contradiction - rassurez-vous, on ne les conjuguera pas tous, ils sont trop nombreux tant l’Évangile est en contradiction avec la logique dominante de notre monde : la pauvreté. Que dire encore de cette pauvreté ?

Cette phrase extraordinaire de Péguy qui fait dire au Christ s’adressant à sa mère dans un très long poème, Ève : « Tout s’achète et se vend, et se livre et s’emporte, rien ne se donne plus et moi, J’ai tout donné ». La pauvreté : choisir de ne pas être dans la logique du « prendre » mais dans la logique du « don » : tout donner, se donner totalement et radicalement. Des chrétiens et des chrétiennes font un choix de pauvreté radicale ; en un temps où tout est consommation, où tout est accumulation de richesses et recherche de productivité, nous avons besoin de ces contestataires, de ces subversifs, de ces subversives que vous êtes.

Pauvreté, offrande de nos vies… Finalement, la contestation la plus radicale de tout ce qui blesse notre humanité se situe dans notre engagement résolu dans la dimension de l’offrande de nos vies ; dans cette prostration dans laquelle vous dites au Seigneur et à son corps qu’est l’Église : « Je me donne, nous nous donnons.», arriver devant le Seigneur revêtues, revêtues de l’habit de vos vies offertes, parce que c’est bien cela, l’habit que vous portez, c’est l’habit de vos vies offertes. C’est cela qui sauve le monde, c’est cela qui indique au monde de manière extrêmement prophétique, qu’il se trompe de direction. Donner sa vie, donner, donner et encore.

Alors, il arrive que des parents viennent nous voir comme prêtres, comme évêques, et nous disent : « Mon père, Monseigneur, je suis inquiet, je crois que ma fille est folle » Ils ont raison, parce qu’il faut vraiment de la folie pour prendre l’engagement que vous prenez.

Vous avez sans doute en tête cette magnifique prière d’un dominicain, le père Louis-Joseph Lebret : «  Ô Dieu, envoie-nous des fous, qui s’engagent à fond, qui s’oublient, qui aiment autrement qu’en paroles, qui se donnent pour de vrai jusqu’au bout. Il nous faut des fous, des déraisonnables, des passionnés, capables de sauter dans l’insécurité, l’inconnu toujours plus béant de la pauvreté ». Sauter dans l’inconnu toujours plus béant de la pauvreté…

Mes sœurs, vous êtes folles, et merci de l’être ! Merci de l’être… Il nous faut des fous du présent, épris de vie simple, amants de la paix, purs de compromission, décidés à ne jamais trahir, méprisant leur propre vie, capables d’accepter n’importe quelle tâche - l’obéissance -, de partir n’importe où - l’obéissance encore -, libres et obéissants, spontanés et tenaces, doux et forts. Ô Dieu, envoie-nous des fous, ou plutôt, aujourd’hui, envoie-nous des folles ! Merci Seigneur de nous faire ce don-là.

Et vous parents qui, légitimement, parce que vous inquiétez quand l’un ou l’autre de vos enfants a dit qu’il veut consacrer sa vie au Seigneur…Nous en parlions mercredi, avec mes sœurs, désormais,…

C’est vrai que vos parents s’inquiètent parce que vous vous engagez dans un chemin de marginalité ; mais peu à peu, avec le temps et le temps faisant son travail - et peut-être au-delà des frontières de la mort pour ceux qui ont déjà rejoint le Royaume - ils comprennent que l’acte que vous posez est un acte essentiel dont notre monde a besoin et ils comprennent que ce don que vous faites de vous-mêmes est source de bonheur et de joie, non seulement pour vous, mais pour l’humanité tout entière. Alors, soyez vraiment, comme nous disions mercredi, de ces « clochards célestes » qui partent sur ces chemins, fous de pauvreté, pour nous apprendre que c’est là que se trouve le salut de notre monde.

Alors, il ne s’agit pas non plus d’avoir la folie des grandeurs. Madeleine Delbrêl disait ceci - pardon de la citer encore - : « Nous ne pensons pas que l’amour soit chose brillante mais chose consumante, et que faire de grandes actions pour Dieu, nous le fait moins aimer que de faire de toutes petites actions avec Lui et comme Lui.» Des choses toutes petites, toutes simples, toutes modestes - juste préparer quelques bougies et un gâteau pour un anniversaire - Vous savez, ce n’est pas non plus aller prêcher la croisade… Donc, pas des choses grandioses…Des choses modestes et simples, mais à travers lesquelles nous nous consumons pour le Seigneur : simplement user ses chaussures sur les chemins de St Jacques de Compostelle ou au bord de la route en attendant qu’une voiture veuille bien nous prendre. Des choses toutes simples et toutes modestes. Il s’agit de cette simplicité dont Dieu a besoin.

Et Dieu a besoin de quoi ?

Avez-vous en face de vous, les jeunes femmes les plus intelligentes, les plus brillantes, les plus vertueuses qu’on ait trouvées dans toutes les nations du monde ? Non. Je ne suis pas leur confesseur, donc je peux en parler librement…Non, non… Dieu, Il fait avec nos fragilités, nos pauvretés. Nous savons bien que si nous ne comptons que sur nous-mêmes, sur nos forces, sur notre intelligence et sur nos vertus, nous n’irons pas plus loin que la porte de cette cathédrale. Dieu veut faire de grandes choses. Et nous sommes, dans ce dimanche et dans cette année de la Miséricorde, avec nos manques d’intelligence, nos manques de vertus et nos manques de force. Dieu veut faire des choses magnifiques avec cette modestie de nos existences.

Sainte Bernadette, la petite sainte Bernadette, disait : « Je n’étais rien, et de ce rien, Jésus a fait une grande chose. Oui, puisque je suis en quelque sorte un Dieu par la sainte communion, Jésus a fait une grande chose, Jésus me donne son cœur, je suis donc cœur à cœur avec Jésus, épouse de Jésus, amie de Jésus, c’est-à-dire un autre Jésus. » Cette humanité si faible, si fragile, si pécheresse qu’est chacune de nos humanités, Dieu s’en sert pour donner au monde, à nouveau, le visage de son Fils, Jésus. Nous sommes d’autres Christ pour le monde. Avec la fragilité de nos humanités, comment ne pas rendre grâce ? Comment ne pas rendre grâce de cet appel que Dieu nous adresse ?

Dieu semble nous demander l’impossible mais Dieu ne demande pas l’impossible, Il le donne. Il se donne à nous. Vous allez en quelque sorte Lui faire – non pas en quelque sorte, vraiment ! – Lui faire le don de votre vie, mais ce don n’est possible que parce que Lui se donne en premier et parce qu’il est à l’origine, parce qu’Il vous fait le don de sa grâce qui vous permet de vous donner. C’est Lui le maître de l’impossible, c’est Lui qui peut nous donner de vivre cette pure utopie et folie dans laquelle vous vous engagez, c’est Lui qui peut nous permettre de tout donner, de donner toute notre vie, et c’est Lui qui, se faisant, peut nous permettre de goûter la joie plénière. Alors oui, vous êtes sur un chemin de joie et de bonheur, qui est le chemin du don, qui est le chemin de l’Évangile. Alors, rendons grâce à Dieu. Rendons grâce à Dieu qui nous permet de vivre dans notre Église, dans cette Église qui est notre Mère, des choses extraordinaires.

Et puis, pour finir, je voudrais vous confier, à vous huit en particulier - après tout, j’en profite ! on m’a demandé d’accueillir vos professions, non pas tout seul, avec mes frères et sœurs - alors, en plus de toutes les missions que vous confiera votre communauté, je vous en confie une supplémentaire.

Je vous livre ces quelques mots d’un certain professeur Ratzinger qui dans une interview radio diffusée en 1969 disait ceci : « De la crise actuelle ( crise/enfantement, crise douloureuse, mais crise/enfantement ), de la crise actuelle émergera une Église dépouillée. Elle deviendra plus petite et devra plus ou moins recommencer comme à l’origine. Elle ne pourra plus vivre dans les édifices construits aux moments de prospérité. Avec la diminution des fidèles, elle perdra aussi de nombreux privilèges sociaux. Ce sera une Église plus spirituelle, renonçant à toutes prétentions politiques. Pauvre, elle redeviendra l’Église des nécessiteux. »

Mes sœurs, vous recevez la responsabilité d’une maternité spirituelle.

Mes sœurs, je vous demande, comme une grâce, de pouvoir enfanter sur notre terre de France et sur cette terre ariégeoise, vous qui portez cette maternité spirituelle, d’enfanter cette Église des nécessiteux dont notre monde a besoin.

Je vous confie cette mission-là, et je compte sur vous.
Amen.

 


Reprenons la route !


Le Christ-ressuscité nous relève pour que nous reprenions la marche
, image presque parfaite de la vie chrétienne. « Le Christ tel que vous l’avez reçu, c’est en Lui qu’il vous faut marcher… » (Col 2, 6) Avec l’arrivée du soleil le printemps, les chemins et les sentiers vont nous lancer à nouveau leur appel pour que, avec leur aide, nous abandonnions (au moins un peu) le monde de l’agitation, de la vitesse, et de la consommation. Nous sommes conviés à retrouver une relation simple, harmonieuse avec nous-même, avec la création, et avec les autres. La marche facilite le travail de la mémoire, de la pensée et, partant, de la prière. Rousseau, au livre 4 de ses voyages, écrivait ceci : « Jamais je n'ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j'ose ainsi dire, que dans les voyages que j'ai faits seul et à pied. La marche à quelque chose qui anime et avive mes idées : je ne puis presque penser quand je reste en place; il faut que mon corps soit en branle pour y mettre mon esprit. » Il n’est pas rare que nous voyons passer sur notre territoire des pèlerins de Saint Jacques empruntant la voie du Piémont Pyrénéen. Il ne sont pas tous croyants, mais tentent tous de reprendre en main leur existence, de trouver une sagesse, un art de vivre. Ils peuvent faire résonner en nous « l’appel de la route ». Ils nous adressent comme une invitation, en prenant nos chaussures et le sac léger du pauvre, à nous affranchir de ce qui était censé nous rendre la vie plus facile, plus commode, mais qui apparait au marcheur comme un ensemble de contraintes qui dégradent les capacités intellectuelles, imaginatives et spirituelles.

Alors, en route avec le Christ ! 


La miséricorde

« Une Église en mouvement de sortie… »

(La Joie de l’Évangile n° 97- Pape  François)

 

Parmi les paraboles de la miséricorde la plus connue est celle du fils prodigue. Relevons simplement cette phrase :
«Comme il était encore loin,  son père l’aperçut et fut touché de compassion ; il courut se jeter à son cou et l’embrassa longuement» Lc 15,20
Le père de la parabole, sort se jeter au cou de son fils, alors qu’il est encore loin, et il n’écoute pas sa confession. Il fait lui-même la démarche de sortir à sa rencontre et donne son amour, gratuitement, sans condition. Pour nous, le plus souvent, être miséricordieux c’est attendre que l’autre frappe à la porte et  parfois être disposé, s’il demande pardon, à le réintégrer - timidement - dans la maison familiale ...
Nous sommes invités, pendant l’année de la miséricorde, à mettre en place dans nos diocèses une ou plusieurs Portes Saintes. Ces dernières sont habituellement des passages obligatoires pour que le pêcheur puisse bénéficier de l’indulgence de Dieu et de la communauté.
Et si ces portes étaient conçues comme des invitations pour les chrétiens (disciples missionnaires) à sortir,pour aller à la rencontre de leurs frères qui sont encore loin ? Si, de ces portes, surgissaient des apôtres de miséricorde, conscients eux-aussi de leur condition de pêcheur, allant se risquer à la rencontre de tous leurs frères ?
Comment ne pas comprendre que le Seigneur nous appelle, à travers la voix du Pape François, à être une Église en mouvement de sortie ?
Alors des Portes Saintes, oui, mais peut-être tout autant pour sortir que pour entrer. Pour courir, pleins d’amour et de compassion, vers celui qui ne se sent pas digne ou capable d’accomplir son chemin de retour.

... Quelques autres textes ou articles..

De quelques questions très sérieuses…

Il y a des questions trop importantes pour qu’elles puissent être abordées dans le cadre d’une conversation à bâtons rompus. À plus forte raison si un résumé, nécessairement subjectif et parcellaire de cette conversation, est couché par écrit, sans que nous en ayons la maîtrise. Mea culpa.

L’évêque, doit plutôt s’exprimer directement, et en son nom propre, sur ces questions si sensibles dans le contexte d’aujourd’hui. Donc acte!

... Quelques autres textes ou articles...



De l’indispensable inutilité de la Prière
 

Parmi les lectures de cet été un article intitulé « De l’indispensable inutilité de la poésie » a suscité mon attention.

L’auteur, (Jean-Noël Cuenod) réagissait à la suppression de la seule émission radiophonique de poésie, de la grille de programmation de France Culture.

Essayons nous à paraphraser tel ou tel passage en remplaçant le mot ″poésie″ par le mot  ″prière″ : « Ce qui fait résistance dans la prière (poésie), c’est son inutilité. Elle ne peut pas servir à baliser une carrière, à s’insérer dans la lutte des places, à amorcer la pompe à phynances. Elle ne saurait être, en aucun cas, un divertissement, c’est-à-dire une occupation qui détourne l’humain de l’essentiel. Au contraire, la prière (poésie) va à l’essentiel, alors que la société médiamercantile impose le superflu.
            La prière  (poésie) est dilatation de l’être ; elle l’aspire vers l’émotion spirituelle (esthétique). La société médiamercantile  est rétractation de l’être ; elle le rabougrisse dans sa seule dimension de tube digestif. »
            Oui, la prière, le don gratuit de son temps et de toute sa vie, sont, sans doute, les actes les plus puissants de contestation d’un système dans lequel tout est marchandise. Charles Péguy, poète-priant, mettait ces mots dans la bouche du Christ dialoguant avec sa mère : « Tout se vend et s’achète et se livre et s’emporte, rien ne se donne plus, et moi j’ai tout donné. » (dans son poéme Ève)
            Poètes, artistes, priants, ardents bénévoles et bienveillants – de tous bords – sont des frères de sang, des apôtres de la gratuité. Ces hommes et ces femmes dont nous avons besoin pour espérer voir se lever sur notre monde un jour nouveau, préfiguration du Royaume dans lequel tout ne sera que gratuité car tout ne sera qu’Amour.
            Une prière pleine de poésie, glanée aussi au hasard des rencontres gratuites de l’été :
« Seigneur, je t’adore, même si je ne sais pas ce que cela veut dire.
Je te remercie, même si c’est seulement avec des paroles.
Je te demande pardon, même si c’est sans une larme.
Je t’offre tout,même si je n’ai rien.
Je veux t’aimer, même si j’en suis absolument incapable. »
  (Père Augusto Gianola, missionnaire en Amazonie)


Une belle rencontre

Voici un florilège des paroles fortes du Pape ce jour-là (10 septembre), aux 130 évêques du monde entier que nous étions. Notre point commun était d’avoir été appelés et ordonnés dans les mois qui précédaient.

« Vous êtes évêques de l’Église, récemment appelés et consacrés. Vous êtes venus d’une rencontre unique avec le Ressuscité. En traversant les murs de votre impuissance, Il vous a rejoint par sa présence. Bien qu’il connaisse vos reniements et vos abandons, les fuites et les trahisons. Malgré cela, Il est arrivé dans le Sacrement de l’Église, et a soufflé sur vous. C’est un souffle à préserver, un souffle qui bouleverse la vie (qui ne sera plus jamais comme avant), même s’il réconforte et console comme une brise légère, dont on ne peut s’emparer. Je vous prie de ne pas domestiquer cette puissance, mais de la laisser constamment bouleverser votre vie. » …/...

« Les disciples se réjouirent de rencontrer le Ressuscité... Réjouissez-vous, vous aussi, tandis que vous vous dépensez pour vos Églises particulières. Ne vous laissez pas dérober un tel trésor. Rappelez-vous toujours que c’est l’Évangile qui vous préserve et donc n’ayez pas peur de vous rendre partout et de vous entretenir avec ceux que le Seigneur vous a confiés. ».../…

« C’est la joie qui entraîne, qui enchante, qui ravit. Sans joie, le chrétien dépérit dans la fatigue, dans la pure fatigue. Prenez soin de vos prêtres, afin qu’ils réveillent cet enchantement de Dieu chez les personnes, pour qu’elles aient toujours envie de demeurer en Sa présence, qu’elles aient la nostalgie de Sa compagnie, qu’elles ne désirent rien d’autre que de retourner près de Lui." .../…

            « (Parmi les personnes baptisées) bon nombre sont sortis en claquant la porte, nous reprochant nos faiblesses et cherchant, sans y réussir entièrement, à se convaincre qu’ils s’étaient laissés tromper par des espérances finalement démenties. Soyez des évêques capables d’intercepter leur chemin ; faites-vous, vous aussi, pèlerins apparemment perdus (Lc 24, 13-35), en demandant ce qui s’est passé dans la Jérusalem de leur vie et en les laissant discrètement épancher leur cœur transi. Ne vous scandalisez pas de leurs douleurs ou de leurs désillusions. Illuminez-les de la flamme humble, préservée en tremblant, mais toujours capable d’éclairer celui qui est atteint par sa limpidité qui, toutefois, n’est jamais aveuglante. » .../...

Frères et sœurs, amis, j'ai envie de répondre à ces appels. Priez pour moi afin que je ne me dérobe pas...



L'Ariège : terre favorable
pour sortir de la honteuse indifférence !

L’Ariège est une terre hospitalière où il nous serait possible de relever le défi de l’accueil d

 
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