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DÉCÈS DE Mgr Léon SOULIER, évêque de Pamiers (1971-1987)

Publiée le : 19/01/2017

Mgr Léon Soulier, évêque de Pamiers (Ariège) de 1971 à 1987, puis de Limoges (Haute-Vienne) de 1988 à 2000, est décédé le jour de Noël, à l’âge de 92 ans, à Chirac (Lozère) où il résidait. Ordonné prêtre en 1947 pour le diocèse de Mende, il devient en 1971 évêque de Pamiers. Membre du Conseil permanent de la Conférence des Évêques de France de 1979 à 1985, il est nommé évêque de Limoges en 1988 et se charge alors de mettre en application la réforme des paroisses du diocèse, issue du premier synode diocésain de France en 1985. Durant son épiscopat en Ariège, il a ordonné sept prêtres et deux diacres permanents. Lors de sa messe d’action de grâce, le 3 décembre 2000, il disait : « L’Église nous est donnée, on ne l’invente pas, mais elle doit s’adapter aux temps, être attentive aux défis du monde, être proche des hommes. Préparer l’avenir, c’est accepter les évolutions. L’Église sera toujours en chantier… C’est un immense bienfait, il ne faut pas interrompre cette dynamique ». Ses obsèques ont été célébrées vendredi 30 décembre 2016, en la cathédrale de Mende (Lozère).

Homélie de Mgr BLONDEL au obsèques de Mgr Léon SOULIER

À partir de Mattthieu 13, 34-53

Le P. Soulier était pleinement à l’aise dans les paraboles de Jésus. Il entrait de plein pied dans leur langage pour en faire sa prédication. On peut même je crois considérer sa vie comme une parabole pour nous qui l’avons connu, aimé dans sa famille et dans son ministère en Lozère, en Ariège et en limousin où je fus son vicaire général pendant onze ans.

Il n’avait pas besoin comme les parisiens et les gens des villes qu’on lui explique la semence, le bon grain et les mauvaises herbes, les champs à labourer, les fagots à jeter au feu. C’étaient sa terre. Il en faisait partie et sa parole était parfois rocailleuse comme les chemins de chez nous.

Mais il y a plus dans les paraboles que l’aimable image de la ruralité qui nous laisse un peu nostalgique. Il y a quelque chose de Noël. Le Fils de Dieu devenu l’un de nous, prenant la condition humaine, commune. Voila que les réalités du travail du berger, du commerce avec les talents confiés, de la vie familiale avec le repas de noces ou les deux fils si différents, celle des relations de voisinage avec la femme qui dit à ses voisines venez chez moi, toutes ces réalités sont porteuses du message de l’Evangile. Voila que rien de ce qui est humain n’est étranger à Dieu. Voila que l’expérience humaine s’ouvre sur la grâce de Dieu, sur sa présence. Nos oui d’humanité sont des oui à l’évangile en laissant passer son appel nos refus des exigences de l’évangile ne font pas grandir la société . Il faut savoir tirer le filetsurlaplageetprendreletempsdetrier,dediscernerdanslessituations pour biendécider.Ilnousfautenvers les personnes la patience du maitre du champ car l’ivraie se mêle au blé.

Le Père Soulier était attentif à la vie quotidienne, à ce qui se passait, aux joies simples, à l’émotion d’une peine, d’un deuil, il savait admirer un « beau foyer ». Il se réjouissait de la clarté du regard des jeunes qu’il confirmait. Il avait la certitude que la vie même de Dieu germait, poussait, porterait du fruit. Pour lui il ne fait pas l’ombre d’un doute que le champ c’est le monde et que le bon grain c’est le Fils de l’homme, Jésus, qui le sème largement. La mission était ouverte, universelle, vitale. Il ne s’agissait pas d’être le pasteur d’un petit troupeau tranquille il fallait « sortir », rejoindre. Cela dans le soutien à l’Action Catholique, dans la relation avec les élus ou les responsables associatifs. Un intérêt jamais démenti une écoute et une parole claire. Dès les premières réunions du conseil épiscopal à limoges il nous a dit nous commencerons par un moment de « radar ». Les événements de la société que nous avons captés si nous avons su être attentifs, voila les interpellations, voila notre prière, sinon l’Eglise s’éloignerait du monde qui est sa place et son lieu.

Certaines paraboles commencent par « le Royaume des cieux est comparable à un homme », il a deux fils, il possède une vigne, il est roi...Pas un homme parfait mais un homme réel qui peut s’endormir ou veiller, qui donne un festin, qui frappe à une porte en pleine nuit. Un homme avec ses questions, ses choix, qui a besoin de pardon. Je crois que nous pouvons dire le « Royaume de Dieu est comparable au P. Soulier ». Le Royaume de Dieu est comparable à cet enfant du Malzieux aux yeux largement ouverts et brillants d’intelligence, curieux, aimant, volontaire et un peu têtu. Dans son testament il souligne « ces intermédiaires qu’ont été pour moi l’instrument de l’amour de Dieu, mon père et ma mère d’abord, mes frères, belles sœurs, neveux, nièces . Ils m’ont appris à marcher en présence de Dieu et ils m’ont toujours soutenu, accueilli et aimé, je les ai aussi beaucoup aimés et j’ai souvent prié pour eux. »

Et voila que ce jeune a trouvé « un trésor dans le champ , une perle sur le marché et il est envahi par la joie » et ça s’appelle la vocation. Le oui à Jésus, total, simple, d’un coup. Le choix radical de la chasteté et du service, de l’amour jumeau de Dieu et des hommes ; Voila que son intelligence aiguisée l’envoie à Rome pour des études approfondies, puis lui permet d’être un bon professeur de séminaire, un supérieur aimé clairvoyant dans les difficiles années 70. Et voila que Evêque à Pamiers puis à Limoges il a pu être le « maitre de maison sage sachant tirer son trésor du neuf, parce que Jésus et l’évangile sont vivants, et que l’inattendu de Dieu nous rejoint à chaque époque, mais aussi de l’ancien parce que le trésor de la parole, de la liturgie, de l’amour du prochain est toujours actuel. Le jour où il m’a ordonné évêque de l’Ardèche, il a expliqué ce ministère que nous partagions : « le pasteur est un veilleur. Il exerce sa sollicitude auprés des personnes et des groupes. Il s’efforce à travers les rencontres, les visites de connaitre, de susciter, de proposer, de tracer des voies, de discerner, d’animer, de mettre en route, de décider, d’appeler de trouver la place de chacun ». Enfin un matin de Noël, après trois ans d’épreuve, de diminution inexorable des forces et de la capacité d’expression, voila qu’il est uni à la Pâque de son Seigneur et qu’il peut rejoindre « les justes qui resplendiront comme le soleil dans le Royaume du Père » Cette mort, comme nous tous il n’en savait pas si il l’accomplirait en pleine conscience , alors il avait pris la précaution d’en affirmer le sens à l’avance : « je meurs dans la confiance en Dieu le Père, dans la foi vivante au Christ Jésus et à l’Esprit consolateur, dans l’amour et la pleine communion à l’Eglise. Comme Saint Paul, dans la mort comme dans la vie, je veux appartenir au Seigneur. »

Je veux ajouter trois flashs :

L’église servie. Il arrive à Limoges avec une riche expérience à Pamiers, et la délégation nombreuse qui l’accompagne est très claire dans son témoignage : « un jeune de Pamiers invite les limousins à ne pas avoir peur d’accueillir cet évêque qui leur vient d’ailleurs. Là d’où il vient il a fait ses preuves. C’est le cœur gros que les ariégeois vous le donnent ». Or tout de suite il se consacre à son nouveau diocèse et c’est infiniment rare qu’il évoque « là bas on avait fait ceci ou comme cela » non pas qu’il ait oublié les ariégeois, mais il se voulait « présent » à une situation différente

L’église servie c’est aussi la reconnaissance que nous lui devons pour la mise en place de la réforme des paroisses. Tout était prêt à son arrivée, ficelé, publié. Mais il fallait l’approbation de Rome et ce ne fut pas évident. Le Père Soulier fut patient, tenace et même un peu « rusé » comme aime se présenter le Pape François auquel il ressemble un peu. Et il obtint cette approbation qui fût un visa pour l’ensemble des diocèses de France. On retrouve là encore son homélie « un évêque n’est pas un travailleur indépendant. Il est agrégé à un corps, le collège des apôtres »

Enfin il a toujours été très attentif à la vie religieuse, les contemplatives de Millau après sa retraite, mais aussi la vie religieuse apostolique. Il a su appeler des fondations, accueillir, souligner le rôle, le témoignage . Pendant 6 ans il présida la commission de l’épiscopat pour la vie consacrée, il fut appelé par Jean Paul II à être membre du synode des évêques du monde entier sur la vie religieuse. Dans un compte rendu j’ai trouvé ceci « au synode il ya eu quelques belles interventions, écoutées et riches comme celle de l’archevêque de San francisco et celle de Monseigneur Soulier ». Le père Soulier croyait aux vocations sacerdotales et religieuses il nous dit « continuez »

Mgr F. BLONDEL
Mende, le 30 12 16


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