ORIENTATIONS PASTORALES
 
 
Puisqu’il est question d’orientations pastorales et qu’elles seront, en quelque sorte, le fruit d’un long enfantement, nous voudrions que neuf mois soient nécessaires pour qu’elles commencent à prendre corps.

Ces quelques lignes constituent donc la première étape d’une série de neuf contributions exprimées selon un rythme mensuel à compter du premier dimanche de l’Avent.

+ Jean-Marc Eychenne, évêque de Pamiers, Couserans et Mirepoix
 
Télécharger ↓↓↓

Orientations pastorales I :

Écoute le Seigneur ton Dieu


Orientations pastorales II :


Des disciples de Jésus pauvres et une Église pauvre, pour les pauvres

Orientations pastorales III :


Par le baptême, chacun et ensemble, configurés au Christ

Orientations pastorales IV :

Une Église en état de sortie, manifestant l amour de Dieu pour tout homme

Orientations pastorales V :

Un style de vie évangélique, fait de joyeuse sobriété

Orientations pastorales VI :
Au service de la beauté (la diaconie du beau)



Pour répondre à deux questions
qui nous sont fréquemment posées :

Quel lien existe-t-il entre ces orientations et la démarche de consultation de l’e.synode ?

Ces orientations sont nourries des apports de nombreuses personnes ayant souhaité s’exprimer, par voie de courrier ou par internet. Elles sont alimentées aussi des échanges vécus lors des déplacements pastoraux de l’évêque. Cela ne signifie pas que toutes les propositions d’orientations ou d’actions aient été retenues.

Quel est le statut de ces orientations ?

Il s’agit de dessiner une sorte  « d’écosystème », de cadre de référence, dans lequel nous sommes appelés à nous mouvoir. Il serait possible aussi d’utiliser l’image du sextant de la boussole, ou de la carte  IGN des fonds marins qui devraient nous aider à nous orienter sur l’espace maritime de notre temps, avec notre bateau-Église.

Cela signifie que les 9 volets de ces orientations ne sont pas directement opérationnels. Les questions posées à la fin des textes indiquent bien qu’il restera à définir des choix d’actions concrètes, passant par des résolutions personnelles, communautaires et diocésaines. C’est alors que se dessineront, au sens propre, des priorités. Pour le dire autrement nous en sommes aujourd’hui au stade des objectifs. L’étape suivante consistera à choisir des moyens permettant d’espérer atteindre ces objectifs.

Mgr Jean-Marc EYCHENNE




Au service de la beauté
(la diaconie du beau)

Le soin accordé à notre environnent de vie ; la beauté des espaces, des mots, des représentations ; l’harmonie de nos lieux de prière et de nos liturgies, disent Dieu (ou le masquent peut-être quand le beau vient à faire défaut). Nous serons donc des apôtres aussi par la beauté

« Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, revêts pour toujours la beauté de la gloire de Dieu, prends la tunique de la justice de Dieu… » Ba 5, 1-2
« Les cieux racontent la gloire de Dieu et l’entendue manifeste l’œuvre de ses mains. » Ps 19, 1-6
« Qu’elles sont magnifiques toutes les œuvres du Seigneur ! » Eccl 39, 15-16




La beauté est un chemin privilégié de la rencontre avec Dieu, le créateur. Les philosophes et théologiens du Moyen-Âge utilisaient l’expression « via pulchritudinis », la voie ou le chemin du beau comme étant susceptible de faciliter la rencontre avec le Seigneur. Le récit de la création qui ouvre la Bible reprend par cinq fois l’exclamation : « Et Dieu vit que cela était bon ! » Le mot hébreu traduit par bon (tov), signifie aussi beau. Dieu a voulu la création non seulement bonne, mais belle aussi. Disciples-missionnaires, créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, et donc, institués aussi, en quelque sorte, co-créateurs, nous sommes appelés à préserver la beauté de la création et à prolonger cette harmonie dans les espaces que nous aménageons. Tous nous avons une vocation d’artiste-créateur. En l’oubliant nous tendons à enlaidir, déshumaniser, désenchanter nos lieux de vie.

Obnubilés que nous sommes à l’idée de perdre du temps ou de dépenser trop, nous perdons de vue la lenteur et la gratuité qui sont les aliments quotidiens du poète, du pianiste, du peintre, de l’artisan d’art, de l’éducateur patient ou encore de la moniale contemplative. Les paroles du théologien Urs von Balthasar touchent au cœur de cette question : « Beauté désintéressée, sans laquelle le monde ancien refusait de se concevoir, mais qui, insensiblement, a pris congé du monde intéressé d’aujourd’hui pour l’abandonner à sa cupidité et à sa tristesse…Celui qui, à son nom, fait la moue comme si elle était le vain ornement d’un passé bourgeois, on peut être sûr que – en secret ou ouvertement – il ne peut déjà plus prier, et bientôt ne pourra plus aimer ».

Nos contemporains attendent de nous que nous leur offrions de la beauté. Celle d’une prière et d’une liturgie, mais aussi celle d’un lieu d’accueil et de rencontre dans une maison paroissiale. Celle d’une table ouverte préparée avec soin, (car le pauvre est notre prince). La beauté d’une affiche et celle d’un bouquet ; celle de la jachère fleurie devant sa maison, ou de l’enduit de terre qui, sur la façade, nous réjouit de ses ocres…

Le Pape François ne manque jamais d’attirer notre attention sur tout cela :
« L’Évangélisation joyeuse se fait beauté dans la liturgie (…) l’Église évangélise et s’évangélise elle-même par la beauté de la liturgie… » (La Joie de l’Évangile n° 24)
« Nous sommes appelés à être les instruments de Dieu le Père pour que notre planète soit ce qu’il a rêvé en la créant, et pour qu’elle réponde à son projet de paix, de beauté et de plénitude. » (Laudato Si n° 53)

Ceux qui choisiraient de rejoindre un lieu de vie d’une de nos communautés y découvriraient-il un souffle d’amour et d’accueil (bonté), un partage signé du sceau de l’intelligence (vérité), une harmonie des mots, des lieux et des sons (beauté) ? C’est un devoir impérieux pour nous de soigner ces trois dimensions, car il s’agit par là de rendre accessible Dieu à ceux qui le cherchent. Bonté, vérité, beauté : ces trois transcendantaux sont compagnons de route ! Si l’un vient à manquer nous ne disons plus assez adéquatement le Seigneur, nous ne favorisons pas assez l’expérience spirituelle qui nous transporte dans la rencontre avec Dieu.

Cette recherche n’est pas simple. S’il suffisait d’être moderne (accordé à la sensibilité du jour) ou ancien (retournant au goût des siècles passés), pour que le beau soit présent, ce défi serait aisément relevé. Là comme ailleurs il faut se laisser guider par l’Esprit qui « tire son trésor du neuf et du vieux ». (Mt 15,52) Disons-le aussi : beauté n’est pas la complexité ; un psaume bien lu nous porte plus à Dieu qu’une psalmodie hasardeuse… Elle n’est pas non plus la richesse ; l’épure cistercienne ou les pauvres matériaux d’un couvent franciscain, sont parfois plus élevants que les riches dorures de la période baroque (qui a su servir aussi la beauté !).

Chrétiens serions-nous alors des esthètes, en permanence soucieux des apparences ? Nous lisons au premier livre de Samuel (16, 7) : « Les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur ». En effet un homme, même défiguré par la douleur, la maladie ou le handicap, rejeté par tous, garde sa pleine dignité, une parfaite beauté devant Dieu. Les apparences ne sont pas tout. Saint François, chantre de la beauté de toutes les créatures, dans l’élan de l’Esprit, a embrassé le lépreux dont les chairs blessées ne masquaient pas à son regard de foi, la beauté cachée au plus intime. Saint Augustin recherchait aussi l’absolue beauté de Dieu lui-même dans une forme d’extériorité : « Bien tard je t’ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard je t’ai aimée ! Et voici que tu étais au-dedans, et moi au dehors et c’est là que je te cherchais. » Enfin, beauté de Dieu se révèle dans le Christ lui-même, de manière paradoxale, à travers la défiguration de sa passion. « Il n’avait plus figure humaine, et son apparence n’était plus celle d’un homme (…) Sans beauté ni éclat pour attirer nos regard, et sans apparence qui nous eût séduit. » (Is 52, 14 ; 53, 2)

Avec le Pape François nous demandons à Marie de nous guider sur ces chemins de diaconie : « Donne nous la sainte audace de chercher de nouvelles voies pour que parvienne à tous le don de la beauté qui ne ternit pas. » (La Joie de l’Évangile –prière)

Quelques questions pour un échange :
- Nous souvenons-nous de la dernière fois où de la beauté nous a transportés (dans la nature ; pour un concert ; en lisant un poème ; lors d’une exposition ; dans une église…) ?
- En essayant de regarder les rencontres diverses que nous vivons, pouvons-nous dire qu’elles tendent vers la beauté ? (visualiser les lieux ; leur aménagement ; ce qui est dit ; ce qui est chanté)
- Connaissons-nous des artistes/artisans qui pourraient nous faire profiter de leur expérience ?
- Quelles idées concrètes pour rendre plus belles nos salles de rencontre ou nos espaces d’accueil ?
- Quelles initiatives pourrions nous prendre pour rendre nos espaces urbains, nos territoires ruraux, plus beaux ?

+ Jean-Marc EYCHENNE,
évêque de Pamiers, Couserans et Mirepoix
.




Un style de vie évangélique,
fait de joyeuse sobriété


Nous sommes invités, après avoir redécouvert notre appel à être des disciples-missionnaires, à entendre les appels du Seigneur à adopter un « style de vie » en harmonie avec la mission qui nous est confiée. En parcourant cet « Évangile du Saint-Esprit » que sont les Actes des Apôtres, la famille des disciples de Jésus, l’Église, apparait comme une nouvelle communauté, d’un âge nouveau, dont les membres adoptent un nouveau mode de vie (Ac 2, 42-47 ; Ac 4, 32-34 ; Ac 5, 12-16). Il y est question d’unité, d’allégresse, de simplicité de cœur, de partage des biens entre tous, d’attention aux malades. Ce qui préside à de telles prouesses de charité ce n’est pas l’abondance des moyens, mais plutôt une confiance, sans faille en Jésus. « Pierre dit : de l’argent et de l’or, je n’en ai pas, mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazôréen, marche ! »(Ac 3,6)

Ce style de vie Évangélique, Jésus le recommandait aux apôtres et aux soixante-douze qu’il envoyait en mission, « il les envoya deux par deux, en avant de lui… Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandale et ne saluez personne en chemin. » (Lc 10, 1-11)  « Il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture. Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange… » (Mc 6, 7-9) Nous pourrions relire encore Luc 22, 35.

Le Seigneur nous invite nous aussi, nous tous (ministres ordonnés, religieux, religieuses, laïcs), à proposer à notre temps un nouvel art de vivre. Le Pape François lui-même relaye cette invitation pour l’aujourd’hui de l’Église. « La spiritualité chrétienne propose une autre manière de comprendre la qualité de vie, et encourage un style de vie prophétique et contemplatif, capable d’aider à apprécier profondément les choses sans être obsédé par la consommation…/… Il s’agit de la conviction que ‘moins est plus’.../ …La spiritualité chrétienne propose une croissance dans la sobriété, et une capacité de jouir avec peu... » (Laudato Si’ n° 222)

Si notre vie est ainsi joyeuse et pauvre, le Seigneur nous faisant expérimenter et nous donnant la grâce de découvrir « qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20, 35), alors elle devient prophétique. Elle annonce, en actes, le Royaume déjà présent parmi nous. Cela devrait nous conduire à être, le plus souvent, à l’avant-garde de ce mode de vie joyeux et sobre. Mais parfois ancrés dans nos habitudes consuméristes, nous sommes devancés sur ce terrain par des hommes et des femmes de bonne volonté loin de nos communautés. Ils se révèlent parfois (mais pouvons nous en juger ?) plus proches que nous de l’Évangile et nous montrent le chemin. Il peut y avoir là un « signe des temps », donné par le Seigneur, auquel il nous faut prêter attention.

C’est aussi dans la mesure où nous serons capables d’assumer un style de vie renouvelé, plus clairement distinct de celui du monde, de ses valeurs, que le Christ et son Évangile pourront retrouver leur pouvoir d’attractivité. Nos contemporains sont en quête de cela, ils attendent de nous cette cohérence entre le message et la vie.

Nous avons abordé, précédemment, la question d’une  Église pauvre pour les pauvres. Comment un engagement, avec et auprès des plus pauvres, ne serait-il pas marqué par le choix de nouveaux modes de vie, plus simples et plus sobres ? La réponse concrète que nous apporterons à cette question aura évidemment une incidence sur la gestion, personnelle, familiale et communautaire, de nos affaires économiques et immobilières…

Et la joie ? Ceux que le Seigneur a envoyés en mission avec presque exclusivement la richesse de sa grâce reviennent pleins d’enthousiasme. « Les soixante-douze revinrent tout joyeux… »  (Lc 10, 17)  Cette vision tranche avec ce que l’on constate en notre temps. « Beaucoup d’agents pastoraux finissent par étouffer la joie de la mission par une espèce d’obsession d’être comme tous les autres et d’avoir ce que les autres possèdent. »  (La Joie de l’Évangile n° 79)

Notre église diocésaine connaît un appauvrissement de ses moyens qui va très certainement s’accroître encore. Faut-il nous en attrister, nous en inquiéter, ou bien aborder cette réalité comme une chance ? C’est joyeusement que nous allons être plus sobres, car ainsi notre témoignage évangélique va gagner en authenticité. Ainsi nous serons plus proches des plus petits. De même que nous apporterons une part plus réelle à la protection de la création. La sobriété éloignant du consumérisme n’a pas toujours très bonne presse. Serait-il question d’être dans la tristesse d’un ascétisme mal compris, qui aurait sa source dans la haine de la matière, des biens ou du corps ? Non, il est plutôt question d’amour de Dieu, de la création et de tous ses frères et sœurs en humanité. La sobriété n’est pas l’éloignement de la joie véritable, tout au contraire. Le Pape François témoigne de cette expérience que nous avons sans doute faite, nous aussi, parfois : « Je peux dire que les joies les plus belles et les plus spontanées que j’ai vues au cours de ma vie sont celles de personnes très pauvres qui ont peu de choses auxquelles s’accrocher. » (La Joie de l’Évangile n° 7)

Le Seigneur qui mystérieusement travaille au sein d’autres cultures nous gratifie parfois de perles précieuses et celle-ci en est certainement une : « Le secret pour bien vivre et longtemps est : manger la moitié, marcher le double, rire le triple et aimer sans mesure. » (Proverbe Tibétain) Mais, si nous voulons bien le voir, nous avons tout cela dans l’Évangile. L’heureuse sobriété de vie transpire à toutes les lignes. Alors,  « pourquoi ne pas entrer nous aussi dans ce fleuve de joie. » (La Joie de l’Évangile n° 79)

« Observez les lis : comment poussent-ils ? Ils ne filent pas, ils ne tissent pas. Or je vous le dis : Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’eux …/… Ne cherchez donc pas ce que vous allez manger et boire ; ne soyez pas anxieux. Tout cela, les nations du monde le recherchent, mais votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez plutôt son Royaume, et cela vous sera donné par surcroit. » (Lc 12, 27-31)

Quelques questions pour un partage 
(en plus de celles présentes dans le texte) :
  • Sommes-nous des chrétiens joyeux, ou donnons nous cette image-là ? Sinon, qu’est-ce qui nous freine pour l’être vraiment ?
  • Quelle est la place du sourire, du rire, de l’humour, dans nos rencontres. Nos célébrations ne sont-elles pas parfois trop marquées par la tristesse (sans parler ici de la célébration des funérailles)? Comment pourrions-nous progresser ?
  • Les appels du Pape dans sa lettre sur l’écologie (la sauvegarde de la maison commune) nous ont-ils aidés à changer quelques habitudes ?
  • Que faisons-nous déjà, ou que pourrions-nous faire (chacun et ensemble), pour être plus sobres dans nos habitudes de consommation et pour partager plus avec les pauvres ?
  • Avons-nous autour de nous des gens qui ne semblent pas chrétiens et qui nous montrent parfois le chemin ?

+ Jean-Marc Eychenne
Évêque de Pamiers, Couserans et Mirepoix


Une Église en état de sortie,
manifestant l’amour de Dieu
pour tout homme

(orientations diocésaines volet 4 – mars 2017)
« Quand ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : “Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? Il lui répond : “Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime.” » Jésus lui dit : “ Sois le berger de mes agneaux. ” » Jn 21, 15

Conduire ses brebis en estive, sur de verts pâturages, cela signifie les inviter à sortir de l’enclos confortable et sécurisant pour s’ouvrir sur le vaste monde. Le berger sait fort bien - et les brebis avec lui - que la montagne présente des dangers (l’égarement ; la chute ; les prédateurs ; etc.). Mais l’altitude est aussi le lieu de l’herbe grasse, des splendides paysages, des cieux étoilés, et de belles rencontres avec les chercheurs d’absolu.

« Je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités »,  nous dit le Pape François (La joie de l’Évangile - n° 49). Il nous invite à vivre une transformation missionnaire, à être « une Église en état de sortie ». Ce dynamisme de la mission, de la sortie de soi, est celui même de la Vie Trinitaire, dans l’œuvre de création et dans celle du salut en Jésus-Christ. La mission, c’est la raison d’être de l’Église du Christ. Si elle perd cela de vue, en se repliant sur elle-même, en étant auto-référencée, elle n’est plus l’Église du Verbe Incarné, l’Église de Dieu, mais une institution humaine parmi d’autres.

Il nous faut demander la grâce (au-delà des dons ou des limites de notre nature, de notre caractère, de nos timidités ou de nos audaces), d’être des hommes et des femmes que Jésus tourne vers l’extérieur. A la messe (notre bergerie) nous sommes rassemblés, enseignés, guéris, nourris, fortifiés pour être envoyés, non pas pour rester entre nous ! La dimension ultime de l’Eucharistie - l’envoi - a beaucoup plus d’importance qu’on ne l’imagine parfois. Comme le berger et ses moutons, nous avons besoin d’une bergerie, mais elle n’est pas une fin en soi.

Employant une autre image, celle du bateau, Madeleine Delbrêl ne dit pas autre chose lorsqu’elle moque la tentation du marin-explorateur (que nous sommes) de ne pas quitter son navire : « Le Bateau Église… Les voiles bombent sous des tempêtes de grâces, le bateau accoste des terres sans croix : assis en rond au fond de la cale, nous discutons de ce qui se passe sur les deux mètres carrés qui sont nôtres… »

Mais alors cet appel à la mission signifie-t-il que nous sortons à la rencontre des autres dans le but, plus ou moins avoué ou avouable, d’en faire des adeptes de notre « voie », des disciples de Jésus ? Est-ce cela que nous devons comprendre de l’épilogue de l’Évangile de Matthieu, « Allez, de toutes les nations, faites des disciples : baptisez-les, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit… » (Mt 28,19) ?

Les baptiser, cela veut dire les immerger, les plonger, dans l’amour de Dieu. Nous sommes chargés d’aimer tous les hommes de l’amour même de Dieu, de l’amour trinitaire. L’Église, disait le Cardinal Journet, c’est « l’épanchement de la vie trinitaire au sein du temps ». Notre mission n’est pas de convertir ceux que nous côtoyons, cela c’est l’affaire de Dieu. Notre mission, c’est de les aimer comme Dieu (donc avec Lui et en son Nom), d’un amour inconditionnel.

Renonçant au prosélytisme, la démarche qui nous conduit à la rencontre d’autrui, doit être empreinte de la gratuité de l’amour. Nous ne souhaitons pas gagner l’autre à nous-même, mais l’aimer, simplement, sans rien attendre en retour. Le dialogue engagé, à la fois respectueux et vrai, nous conduira aussi à donner joyeusement le témoignage de ce qui est notre source profonde : la foi en Jésus-Christ. Mais nous nous retrouverons volontiers dans cette recommandation de saint François de Sales : « Ne parle de Jésus que si on te le demande, mais vis de telle sorte qu’on te le demande. » Une société pluriculturelle et pluri-religieuse, comme la nôtre, ne peut pas vivre dans la paix, sans que chacun choisisse de renoncer à tout prosélytisme religieux ou idéologique. Chrétiens, pour notre part, nous aurons besoin de nous doter d’une vraie éthique du dialogue, que l’on pourrait qualifier de «chaste». Amis ariégeois  -devrions-nous pouvoir dire- nous ne venons pas vous rencontrer, avec l’intention cachée de vous voir rejoindre notre Église ! 

Sans doute est-il important que nous entendions cet appel du Pape François : « La pastorale en terme missionnaire exige d’abandonner le confortable critère pastoral du “on a toujours fait ainsi”. J’invite chacun à être audacieux et créatif dans ce devoir de repenser les objectifs, les structures, le style et les méthodes évangélisatrices de leurs propres communautés. » (La Joie de l’Évangile n°33)

Si nous laissions l’Esprit (artisan de notre démarche synodale) nous indiquer de nouveaux chemins ?
________________
Quelques questions pour un partage :
  • Quelle part de mon temps, de mes forces, le Seigneur me conduit-il à dédier à la rencontre et au dialogue, avec ceux et celles qui ne font pas partie de mes cercles habituels (famille, travail, association, communauté chrétienne) ?
  • Comment pourrions-nous mettre en valeur la dimension de l’envoi dans nos assemblées eucharistiques ?
  • Vers qui vais-je spontanément à la sortie de la messe et quels sont ceux que je risque de laisser de côté ?
  • Quelle démarche de « sortie », de rencontre, suis-je (sommes-nous) prêts à expérimenter pour changer mon style de vie (personnel et communautaire) ?
  • Nos foyers, églises, maisons paroissiales, maisons diocésaines, sont-ils assez ouverts et accueillants ? Quelles sont les craintes qui m’habitent par rapport à la rencontre ?
  • Quels  sont les moyens modernes (outils numériques, réseaux sociaux) et ceux, plus traditionnels (journaux, visites, espaces conviviaux), qui me servent à vivre la rencontre avec d’autres ?
  • Suis-je reconnu comme chrétien, sur mon lieu de travail, sur la place du marché ou au café de mon village ? M’est-il déjà arrivé de parler de cette dimension de ma vie et, si oui, pourquoi ?
--------------------
+ Jean-Marc Eychenne -
Évêque de Pamiers, Couserans et Mirepoix



Par le baptême,
chacun et ensemble, configurés au Christ

(orientations diocésaines volet 3 – février 2017)

« En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. » (Matthieu 18, 20)

C’est le baptême (avec la confirmation) qui fait que nous donnons à voir le Christ dans ce monde et pour ce monde. Il fait de nous, là où nous sommes, le corps visible, sensible, aimant du Christ pour tout homme. Il fait de nous, non pas seuls mais tous ensemble, l’Église, Jésus-Christ répandu et communiqué « Vous me demandez ce que c’est que l’Église, c’est Jésus-Christ répandu et communiqué… » (Bossuet) Nous pourrions dire aussi qu’elle est l’Épouse du Christ, qui se reçoit en permanence de Lui, et qu’il comble de son amour.

Cette Église elle est donc sensible à nos yeux, nos oreilles, notre toucher, partout où se trouvent des baptisés, qui, peut-être, n’ont pas toujours pris la mesure des conséquences, des implications, de leur consécration baptismale.

En arrivant dans chacune des 332 communes de notre diocèse, nous pourrions nous poser cette question : « Y a-t-il ici des baptisés, quelques disciples de Jésus rassemblés, qui manifestent la présence aimante de Dieu au milieu des hommes ? » Oui, il y a encore bon nombre de baptisés. Mais reflètent-ils, ensemble, la présence du Sauveur ?
Si on interroge les gens que nous rencontrons, ils nous disent : « L’Église est très peu présente ici. » Le Corps du Christ qu’est l’Église ne se donne pas à voir, ou seulement en de rares occasions, (un mariage ou une fête locale parfois ; le plus souvent un deuil). Ils veulent souvent dire par là qu’ils ne voient plus guère de ministres ordonnés.

Alors les responsables de la vie et de la mission de l’Église en Ariège que nous sommes (l’évêque et ses conseils) voudraient relever le défi d’aider les chrétiens à découvrir, ou redécouvrir, là où ils vivent, la puissance extraordinaire (alimentée à l’Eucharistie) de la grâce baptismale à eux conférée. Elle permet tant de choses qui ne sont pas encore déployées. Qu’ils soient invités à se rassembler pour se demander, en fonction de ce qu’ils sont, de leurs dons, du contexte qui est le leur, comment ils peuvent manifester ensemble que, dans ce lieu, le Christ est vivant par son Église.

Il ne s’agirait pas d’imposer partout une sorte de cadre unique qui d’emblée ferait porter sur des équipes modestes une charge insoutenable. Que serait-il demandé à ces petits groupes de mettre en musique ? Peut-être simplement ces quelques mots de Madeleine Delbrêl : « Nous croyons que l’Évangile a été écrit pour être vécu et nous pensons que Dieu nous appelle à le vivre ensemble. C’est tout. Et nous ne pensons pas devoir aller plus loin. »

Il revient ensuite à chaque équipe d’écrire sa partition… selon ce que l’Esprit lui souffle. Chacune le fera avec ses richesses et même ses pauvretés. Les baptisés, la plupart du temps, ne se croient pas autorisés, en vertu de leur baptême, à susciter, là où ils vivent, des initiatives de l’ordre de la prière, de la miséricorde, ou encore du témoignage de leur foi. Comme s’ils attendaient que l’ordre leur en soit donné. Mais il n’en est nul besoin, c’est la consécration baptismale qui les institue prêtres, prophètes et rois. Les pasteurs, ministres ordonnés, rejoindront ensuite ces groupes de chrétiens pour mettre ces initiatives en cohérence, en communion avec l’ensemble du Corps du Christ qu’est l’Église.

Nous vivons en un temps où l’urgence est de libérer les initiatives pour laisser se déployer la grâce baptismale. Nous devrions sans doute consacrer une bonne partie de notre temps et de nos énergies à dire : « Allez-y ! Laissez-vous guider par l’Esprit et rallumez des foyers de vie chrétienne dans vos villages. Nous vous aiderons, nous vous épaulerons, mais, allez-y ! »

Nous devons trouver des équilibres entre le temps du rassemblement (souvent lointain) pour l’Eucharistie, et le temps de la proximité. Il s’agit de retrouver le temps de vivre en chrétien, avec quelques autres, là où nous sommes plantés. En famille parfois (Église domestique) et dans notre commune ou notre quartier. Notre « écosystème » ecclésial ne peut se passer de ce proche voisin, de ce frère dont la maison est assez proche pour que nous puissions la rejoindre à pied, avec lequel nous partageons la même appartenance au Christ. À mesure que la disponibilité des prêtres diminuait nous avons rassemblé nos forces dans un « ailleurs », et la lumière s’est éteinte dans notre maison locale. Il nous faut la rallumer !

Le rythme de notre prière personnelle est au minimum quotidien, sinon il n’y a plus de disciple de Jésus. Le rythme de la rencontre fraternelle est au moins hebdomadaire, sinon il n’y a plus de présence d’Église de Jésus, dans une famille et dans un lieu… Hebdomadaire donc, et tout près de chez nous, la lecture de la Parole et son partage priant (pas nécessairement le dimanche, jour de l’Eucharistie). Hebdomadaire aussi et tout près de chez nous, l’attention en acte manifestée aux autres en souffrance ou en solitude. Hebdomadaire encore et tout près de chez nous, la rencontre avec ceux qui veulent s’initier à la foi chrétienne (catéchisme).

En tout état de cause il conviendrait que chaque foyer de vie chrétienne mette par écrit, dans une charte, ce qu’il se sent capable de vivre. Ce peut être fort différent en fonction des charismes, du contexte local, des forces et des faiblesses. Il n’y aura pas de modèle unique. Si nous atteignons cet objectif, selon une belle formule d’un frère chrétien d’une autre confession, auront surgi de « petits foyers pour un grand réveil » (Raoul Mazel). Seraient alors invités à célébrer l’Eucharistie, dans des lieux fédérateurs, non plus des individus, mais un ensemble de petites fraternités, de « familles », riches de tout ce qu’elles déploient dans leur lieu de vie.

Pourrions-nous, à l’horizon 2018, imaginer que dans presque chaque village de l’Ariège, un petit groupe de chrétiens soit institué « veilleur » ? Plus de 300 foyers de vie chrétienne redonneraient alors forme à l’Église, Visage et Corps du Christ en tous ces lieux. La question sera alors de susciter ces groupes, de les épauler, de les nourrir ; d’authentifier aussi, et de réorienter parfois, le témoignage qui est donné. Les évêques, et leurs collaborateurs que sont les prêtres, retrouveraient là le ministère d’itinérance de saint Paul passant de communauté en communauté.

--------------------------------
  • Qu’est-ce qui pourrait favoriser la création de petites communautés locales ?
  • De quels outils simples auraient besoin des personnes qui voudraient lancer quelque chose dans leur village ?
  • Quelles petites choses concrètes pourraient indiquer qu’une communauté est présente ?


Jean-Marc Eychenne – Évêque de Pamiers, Couserans et Mirepoix


La « pauvreté » de Dieu.
(orientations diocésaines volet 2 – janvier 2017)

Des disciples de Jésus pauvres…

et une Église pauvre, pour les pauvres.

Le Pape François dans la prière conclusive de sa lettre « Laudato Sii » invoque le Seigneur en ces termes :« Ô Dieu des pauvres… »

Dieu, lui-même, « pour vous s’est fait pauvre,
de riche qu’il était,
afin de vous enrichir de sa pauvreté. » (2Cor 8,9)
-------------
« Heureux, vous les pauvres,
car le royaume de Dieu est à vous. » (Lc 6,20)


La rencontre avec Dieu dans son expression la plus vive, la plus intense, se joue dans notre rencontre avec le pauvre. Dieu lui-même est présent dans le plus modeste, le plus blessé.

Ce fut l’expérience de saint Martin à la porte d’Amiens, de saint François s’approchant du lépreux et, en notre temps, de Mère Térésa avec les mourants de la rue ou encore de Jean Vanier avec les personnes handicapées.

François d’Assise comprit lorsqu’il rencontra son frère, le lépreux, qu’il avait là plus qu’un humain blessé dans sa chair et par l’image repoussante qu’il renvoyait. Il y avait en lui Jésus-Christ, Dieu lui-même. Cette rencontre avec le lépreux, il l’a consignée dans son testament comme un évènement capital, en quelque sorte sa première rencontre mystique avec le Seigneur, sa conversion radicale.

D’où vient cette proximité de Dieu avec les plus pauvres, les plus blessés ?

Si l’on comprend que Dieu, tout en étant le créateur de tout bien, vit d’une joie qui est la joie du don total, la joie de celui qui ne peut rien garder, la joie de celui qui ne peut rien posséder, la joie de celui qui est totalement évacué de soi ; si l’on entre dans cet abîme de tendresse, on comprend mieux la « pauvreté » de Dieu. Nous comprenons qu’il est le Pauvre et que nous ne serons jamais aussi pauvres que Dieu lui-même. Dieu est éternel dépouillement et en Jésus-Christ cela se manifeste à nous.

« Lui qui est de condition divine n’a pas revendiqué son droit d’être traité comme l’égal de Dieu mais il s’est dépouillé … il s’est abaissé devenant obéissant jusqu’à la mort à la mort sur une croix. »
(Ph 2, 6-8)

Notre mission de disciples de Jésus -nous qui sommes des reflets de Lui en ce monde- est de faire nôtre cette pauvreté, laquelle est son bien propre. Il nous revient de nous engager avec Lui dans son mystère d’abaissement, de dépouillement, d’offrande de nos vies.

« La pauvreté du Christ est vraiment au-delà de toutes les pauvretés, elle seule est le mystère de la sainte Pauvreté et le rôle de nos pauvretés à nous est de nous conduire à participer à elle, à l’endroit même où l’on apprend à perdre sa vie. » (Madeleine Delbrêl)

C’est dans un même mouvement, une même démarche spirituelle, que nous sommes assimilés à Dieu (éternellement en mouvement d’offrande) et renvoyés vers ceux qui, par leur indigence, nous extraient d’une attention exclusive à nous-même (sortie de soi) et sont un quasi-sacrement de la présence de Dieu.

Disciples de Jésus nous sommes assignés à la place qu’il a voulu prendre en ce monde : avec  les pauvres et pour eux. Notre honneur de chrétien c’est d’être là ! D’y être par grâce car, à vue humaine, on ne peut s’engager dans ce chemin, nous en sommes incapables. Conscients de cela, avec les Sœurs de l’Agneau nous prions ainsi : « Fais-nous Seigneur, le don de l’impossible pauvreté de ton Évangile. » C’est le Pain Eucharistique, pain de misère, qui nous configure au Christ-Pauvre et nous tourne vers les plus blessés de nos frères. Mère Térésa, qui a trouvé Jésus dans le pain et le vin eucharistiques, ainsi que sous l’apparence désolante du pauvre, nous invite à faire de même.     
                
C’est l’Eucharistie qui fait l’Église ; elle continue à faire de chacun de nous des membres du Corps du Christ. « Inspirée par la préférence divine, l’Église a fait une option pour les pauvres… cette option -enseignait Benoît XVI- « est implicite dans la foi christologique en ce Dieu qui s’est fait pauvre pour nous, pour nous enrichir de sa pauvreté. » (13 mai 2007). Pour cette raison, je désire une Église pauvre pour les pauvres… La nouvelle évangélisation est une invitation à les mettre au centre du cheminement de l’Église… »  (La Joie de l’Évangile n° 198)

Les plus humbles sont-ils au centre de notre organisation ecclésiale, ou simplement aux périphéries, comme une voie d’engagement possible pour certains d’entre nous ? Parfois il est clair que les « petits » ont la place centrale. Chacun pourrait penser à des situations où il en est ainsi (en famille, au travail, dans des associations ; dans l’Église ou dans le monde)… Mais le cœur de nos préoccupations, nos priorités, sont-elles vraiment là ? Cette attention prioritaire apparaît-elle comme celle de tous, comme celle de l’ensemble de la communauté ?
  • « Personne ne devrait dire qu’il se maintient loin des pauvres parce que ses choix de vie lui font porter davantage d’attention à d’autres tâches. » (La Joie de l’Évangile n° 201)

Quelques questions pour échanger :

  • Le Dieu Trinité, créateur de toute richesse de la création, mais aussi en éternelle désappropriation de soi, par amour, est il l’objet de notre contemplation ?
  • l’Eucharistie, Mystère Pascal, est-elle pour nous aussi, parfois, le lieu de cette contemplation ?
  • Quels sont le « pauvres » dont nous parlons ? Quelles sont toutes les situations de pauvreté auxquelles nous pensons ?
  • Avons-nous parfois fait l’expérience d’être « saisis » par Dieu dans une rencontre avec un frère ou une sœur blessés dans leur humanité ?
  • Quelle est la part de notre budget (personnel, familial, communautaire et diocésain) que nous consacrons aux plus petits ?
  • Quelle est la part de notre temps, de notre énergie, de notre inventivité (personnelle, familiale, communautaire et diocésaine) que nous consacrons aux plus fragiles?
  • Dans une journée, une semaine, une année, quel est le temps que chacun de nous accorde au pauvre ?
  • Nos appels aux dons, notre « tarification » des services (y compris celui de la prière ou de la messe), posent-ils question ?
  • Avons-nous un style de vie assez sobre, qui nous rende crédible comme témoin de Jésus-Christ ?
  • Nos contemporains, les gens au milieu desquels nous habitons, ont-ils le sentiment que notre priorité se trouve chez les pauvres, ou voient-ils en nous les garants d’une organisation, d’une doctrine, d’un culte, d’une morale, d’un  patrimoine ?
Isaïe 55, 1-2 ; 12-13
Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer.
Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? …/…
Oui, dans la joie vous partirez, vous serez conduits dans la paix. Montagnes et collines, à votre passage, éclateront en cris de joie, et tous les arbres de la campagne applaudiront.
Au lieu de broussailles poussera le cyprès, au lieu de l’ortie poussera le myrte. Le nom du Seigneur en sera grandi : ce signe éternel sera impérissable.
Première étape (Décembre 2016)
ÉCOUTE LE SEIGNEUR TON DIEU.

Si nous avons l’ambition de dessiner quelques axes susceptibles d’orienter notre manière individuelle et communautaire, de vivre comme disciples de Jésus-Christ dans le monde d’aujourd’hui, nous devons impérativement partir de Dieu et non de nous.

Ps 85, 11 « Montre-moi ton chemin, Seigneur, que je marche suivant ta vérité »                                                                                                                                              Jr 42, 2 « Intercède auprès de Yahvé ton Dieu, pour que Yahvé ton Dieu nous indique quelle voie nous devons suivre, quelle chose nous devons faire. »

Les solutions recherchées pour orienter la pastorale de notre diocèse ne sont pas d’abord dans les analyses historiques, psychosociologiques, ou encore dans la dernière trouvaille managériale d’un charismatique chef d’entreprise se penchant sur la vie ecclésiale ; aussi éclairant que tout cela puisse apparaître. Pour qu’elle soit fructueuse, notre recherche doit-être prioritairement théologale, elle doit avoir Dieu pour objet. Nous devons impérativement partir de Dieu et accueillir sa lumière.

Isaïe 55, 8 « Car vos pensées ne sont pas mes pensées  et mes voies ne sont pas vos voies, oracle de Yahvé. »      

Mt 16, 23 « Tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ! » dit Jésus à Pierre                                                                                           
Il est donc bien question d’abord, et prioritairement, de vie intérieure, de vie spirituelle. C’est là pour des chrétiens, le point de départ de toute entreprise.

Cette intuition était déjà celle du Cardinal Saliège (1870-1956), archevêque de Toulouse. On trouve de lui, au presbytère de Mirepoix, cette phrase écrite de sa main: « L’approfondissement de la vie intérieure est l’unique moyen d’adapter le catholicisme à tous les temps. »    
    
Des orientations pastorales, non appuyées sur ce préalable seraient, (tout comme la religion sans la spiritualité, la loi sans l’esprit qui l’anime, la liturgie sans intériorité, ou encore une morale sans la grâce) dans le meilleur des cas, des entreprises presque inutiles et, très souvent, de pures folies.

La prière, non pas au sens d’une activité, mais au sens d’un abandon entre les mains de Dieu, pour le laisser agir, conditionne totalement la réussite de cette entreprise nous poussant à dessiner une « vision » pour la pastorale de notre diocèse, qui sera à mettre en œuvre dans les années à venir. Priorité donc à l’écoute de Dieu ! Écoute qui s’opère dans un contact quotidien et répété avec la Parole de Dieu, qui enfante peu à peu en nous la claire vision de ce que le Seigneur désire.

Pour un évêque et ses Conseils, écouter Dieu dans sa Parole, prêter attention à sa voix, c’est aussi l’écouter avec tous les membres de son peuple. Dieu nous donne des indications pour la route à travers les lumières et les charismes qu’il distribue avec libéralité à l’ensemble des baptisés, qu’en Jésus Christ il a consacrés pour être prêtres, prophètes et rois.

Autant que faire se peut, il convient sans doute de détecter, de libérer, laisser s’épanouir, tous ces dons du Seigneur. Sans peur et sans crainte. Il s’agit de laisser s’exprimer la parole (et les initiatives). Tous les ministres ordonnés, à l’instar de  Moïse, doivent « libérer le peuple de Dieu retenu en esclavage ». Ce peuple a été enchaîné par une culture (une forme de cléricalisme explique le Pape François) qui très souvent a été déresponsabilisante.

Pour être attentifs à la volonté de Dieu, voir se préciser ses desseins, il nous faut certainement laisser se déployer les lumières et les forces, dont il gratifie tant d’hommes et de femmes ; d’enfants, de jeunes et d’adultes ; de pauvres et de riches ; de modestes et de puissants.

Ap 2,7 :  « Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises »

L’écoute du travail de l’Esprit, du travail du Seigneur en chacun et chacune, ne peut pas être optionnelle. C’est la condition indispensable pour que ce que nous mettrons en œuvre soit, non pas notre œuvre, mais l’œuvre de Dieu ! Les consultations tous azimuts (comme celle engagée avec l’e-synode) répondent à cette nécessité de donner la parole à tous ceux qui souhaitent la prendre, en étant attentif à ce que le Seigneur souffle au plus profond d’eux-mêmes.

« Si chacun de nous écoutait seulement un peu plus sa voix intérieure… alors il y aurait beaucoup moins de chaos dans le monde. » (Etty Hillesum) « Suivre son propre chemin, faire son apprentissage à l’écoute de sa voix intérieure la plus pure. » (Ibidem)

Avant de faire et de décider quoi que ce soit, collectivement,  il faut « donner la parole » à Dieu, qui est là au plus intime de nous-même (« intimior intimo meo » de Saint Augustin), et opérer un discernement communautaire. La lecture attentive, en Église, de la Bible nous rend sensible à cette présence et à l’expression de sa voix. De cette attention commune et joyeuse à la volonté du Seigneur, surgira alors, presque comme une évidence, la direction que lui-même voudra nous indiquer. Oui, nous souhaiterions construire nos orientations sur le roc (le Seigneur) et non sur le sable (nos petites idées humaines, trop humaines).

Nous sommes petits et pauvres. Notre force et notre richesse ne viendront ni de nos lumières intellectuelles, ni de nos ressources humaines ou économiques. Notre seule richesse c’est le Seigneur.






 
Pour augmenter la taille des caractères ...
Pour restaurer la taille originale des caractères ...
Pour réduire la taille des caractères ...
Plan du site | Mentions légales | Extranet | 
© Diocèse de Pamiers, Couserans et Mirepoix | sur plate-forme collaborative ICOLEIS